Retour

Le point de vue de NO COM

Les carnets de No Com numéro 2 – ce que la crise va changer

Les carnets de No Com numéro 2 – ce que la crise va changer

Ce que la crise va changer : l’irruption de la peur 

Un peu plus de deux mois après les premiers décès liés au coronavirus en Europe, la crise sanitaire devenue crise économique alimente des peurs multiples.

La peur pour le niveau de vie déjà bien présente dans les pays riches

Un chiffre sans précédent qui dit l’ampleur d’une crise historique: près de 40% des foyers des pays du G7 ont déjà vu leurs revenus diminuer. Les situations varient selon les pays :  45% des Italiens, les premiers à avoir été confinés en Europe; un Américain sur deux, sans doute l’un des pays où la violence économique de la crise est la plus forte; un Français sur trois « seulement » grâce, peut-être, aux mesures économiques de maintien de l’emploi et des salaires.

La peur de la déconnexion : la réponse des entreprises

Dans cette crise, de nombreux secteurs sont exposés au risque du manque de réactivité, d’exemplarité et de solidarité. Parmi ces secteurs la téléphonie et l’assurance. Pour anticiper ce risque, Orange a cédé ses espaces publicitaires sur TF1 et France Télévisions pour que les enfants et petits-enfants envoient un message à leurs aînés isolés. La déconnexion est une peur récurrente de la digitalisation croissante de nos sociétés. Orange lance sur fond de COVID-19 une initiative astucieuse pour retisser le lien entre générations.

Critiquées pour avoir tardé à délivrer une réponse à la crise, certaines compagnies d’assurance commencent à agir en Europe. La MAIF, l’espagnol MAPFRE ou l’anglais Admiral proposent des remboursements de cotisations en raison, principalement, des voitures restées au garage pendant le confinement et donc d’une baisse des accidents.

La MAIF associe le remboursement à une démarche de solidarité : les cotisations reversées pourront être destinées à des associations en première ligne de la lutte contre le COVID-19 : la Fondation Hôpitaux de Paris pour le sanitaire; le Secours Populaire pour le social; l’Institut Pasteur pour la recherche. Cette action permet de transformer une dépense contrainte comme l’assurance en un geste de solidarité connectée à l’urgence.

Pour de nombreuses entreprises, la communication de crise est aussi un moyen de protéger leur réputation sur le long terme.

La peur et son impact sur les choix électoraux

La crise sanitaire devenue économique intervient à un peu plus de six mois de l’élection présidentielle américaine. Si une courte majorité d’Américains pense que le pire est derrière eux (41% contre 39%), il n’en résulte pas moins que cette impression est fortement imprégnée de réflexe politique. Pour six électeurs démocrates sur dix la situation liée au Covid-19 empire alors que pour sept électeurs républicains sur dix, au contraire, elle s’améliore. Si la campagne est officiellement entre parenthèses pour cause de crise elle est en revanche déjà bien présente dans les têtes.

Certains supporters républicains ont déjà manifesté, en voiture (distanciation sociale oblige), leur attachement à la liberté plus fort que la peur et plaident pour une réouverture totale des magasins, bars et restaurants.

La gestion de crise ne rime pas toujours avec défiance. Si la confiance dans les gouvernements chute dans les pays du G7, notamment en France, en Corée le verdict des urnes a donné une victoire sans appel au pouvoir en place. Un résultat encore inimaginable il y a seulement deux mois tant le gouvernement était critiqué pour sa gestion économique.

Résultat :  une participation en hausse de huit points et una majorité absolue à la clé.

Autre pays érigé en modèle, le Sénégal. Peu de cas et correctement isolés ainsi que des décisions fortes sans un recours au confinement strict ont fait du Sénégal le pays à suivre sur le continent. Son Président alerte : « une Afrique économiquement vulnérable et qui n’arriverait pas à se défaire du Covid-19 restera une menace potentielle pour le monde ». La peur, toujours et encore d’une déstabilisation à venir, plus intense que la crise sanitaire en cours. 

Que garderons-nous ? La peur de l’autre ou l’empathie envers l’autre

Au-delà des peurs engendrées par la crise économique et sanitaire, ce sont les peurs psychologiques qui pèseront ou s’estomperont avec la maîtrise de l’épidémie.

Serons-nous dans le jugement des autres ou dans l’empathie ? Serons-nous prêts à dénoncer plus facilement ou à porter une attention bienveillante ? Les Français, prompts à juger leurs semblables, sont 53% seulement à considérer comme « bon » le comportement des autres, loin derrière les voisins Allemands (73%) ou Britanniques (72%). La délation pendant le confinement est justifiée pour 43% de nos compatriotes. Et en même temps…84% seront plus attentifs aux soignants et à leur famille, 79% aux malades et aux caissières et trois sur quatre aux personnes seules.

La peur de l’autre, potentiellement porteur ou propagateur du virus croît différemment selon les pays. La peur d’attraper le virus, elle, est mondialement partagée : elle explose au Japon, en Suède et au Mexique. Elle stagne chez les Allemands, les Indiens et les Espagnols. Ces derniers sont très durement touchés par l’épidémie avec plus de 22 000 décès.

L’acceptation du port du masque, elle, progresse partout, à la faveur de l’évolution de doctrine de certains gouvernements et du caractère obligatoire dans les transports en commun avant ou après le grand déconfinement. France, Espagne et Etats-Unis connaissent les plus fortes augmentations.

De ces peurs nous garderons surtout des gestes. Une douzaine revient dans la couverture des média et sur les réseaux sociaux : certains sont déjà des gestes barrière bien connus, d‘autres demanderont plus d’effort et d’organisation comme prendre une douche et mettre ses vêtements à la machine en arrivant du travail. D’autres encore viendront contredire notre caractère et nos habitudes de pays latins : plus de bises, plus de poignées de main.

A propos de No Com

No Com est le cabinet de conseil en stratégie fondé par Pierre Giacometti et Alain Péron en 2008. Avec son équipe de conseillers expérimentés, le cabinet accompagne en France et à linternational les dirigeants de grandes entreprises privées et publiques dans la définition, le déploiement et la communication de leur stratégie. No Com créé, pour les entreprises et leurs dirigeants, des récits qui transforment et favorisent linnovation. Le cabinet a son siège à Paris et dispose dune filiale à Madrid.

Source : https://www.lepoint.fr/societe/ce-que-la-crise-va-changer-l-irruption-de-la-peur-24-04-2020-2372752_23.php?fbclid=IwAR08hTbamyWhO26vpPOUv53TVm3Mnvez33dVn1bNO1K-E6aKOAyhmn9tzEQ

Partager Partager Tweet