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Fiction : Le Monde Après Nous, miroir des angoisses contemporaines

Le Monde Après Nous, sur Netflix

Le Monde Après Nous est, de cette fin d’année 2023, la nouvelle superproduction de NetFlix qui vient ajouter un nouveau titre à la liste déjà impressionnante des films d’angoisse qui prédisent l’effondrement dans un futur immédiat. (No Com avec la tendance Dystopia étudie ce phénomène depuis plusieurs années.)

Ce film a tous les ingrédients d’un blockbuster et a déjà reçu une critique abondante.

Produit par le couple Obama, réalisé par Sam Esmail (qui s’est fait connaître notamment par la série Mr Robot) il aligne à son générique Julia Roberts, Ethan Hawke, Mahershala Ali et Myha’la Jael Herrold et fait un emploi abondant des effets spéciaux.

Comme toutes les dystopies, c’est un procès en fragilité de notre société présente. De quoi sommes-nous fautifs aujourd’hui qui va nous conduire inéluctablement à l’apocalypse ? La réponse est originale : ce n’est pas l’avidité ou la quête sans fin du pouvoir et du profit qui sont responsables. 

Sont en cause tout d’abord notre addiction à la technologie qui nous rend à la fois dépendants et vulnérables, mais aussi la perte du goût de vivre. C’est cela qui est frappant dans cette famille de la bourgeoisie new-yorkaise qui espère distraire son ennui en s’offrant un week-end dans une maison luxueuse à Long Island : chacun des membres de la famille est à sa manière en burn-out. La mère tout d’abord est une atrabilaire pas amoureuse, qui ne cherche plus à dissimuler sa misanthropie et déclare tout de go “je n’aime pas les gens”. Le père, un écrivain apathique qui ne rêve ni ne crée, transpire de paresse et de lâcheté. Le fils ainé est un adolescent qui n’assume pas ses désirs, les vit par écran interposé et ne sait plus jouir. Et pour finir, la fille benjamine n’a qu’une obsession : regarder le dernier épisode de la série Friends pour savoir comment cela se termine.

Ces gens sont magnifiques à l’extérieur et terriblement moches à l’intérieur. La beauté des lieux aussi glacés qu’eux ne les touche pas : ils sont blasés, et tristes.

Ce thriller-huis clos étouffant clive la presse et les spectateurs. Les amateurs de films-catastrophe seront déçus par le manque d’action quand au contraire celles et ceux qui apprécient les drames psychologiques minimalistes seront conquis par la symétrie des expériences entre protagonistes et spectateurs : nous sommes tous plongés durant deux heures dans l’ennui et l’angoisse.

Deux dimensions sont plus particulièrement intéressantes.

D’abord, c’est un film sur la déconnexion. Au début de l’histoire, les protagonistes sur-utilisent les écrans pour s’approprier le monde sans s’apercevoir que le numérique leur fait perdre le contact avec le réel et avec les autres. Que cette technologie omnipotente vienne à tomber en panne et ils ne sont plus rien : incapables de comprendre, de s’orienter, et encore moins de décider et d’agir. Ils n’arrivent même plus à penser ce qui leur arrive. Comment des êtres aussi perdus dans tous les sens du terme, pourront-ils survivre à quoi que ce soit ?

C’est une leçon stimulante : ce n’est pas la crise qui engendre le pessimisme, c’est le pessimisme qui nous plonge dans le chaos.

Ensuite, c’est un film sur la dépression. Tous les personnages du film, y compris le couple afro-américain qui les rejoint (le père, propriétaire des lieux, et sa fille) transpirent le mal de vivre. Ces gens sont tous des privilégiés, des gagnants du système et pourtant ils sont déprimés et déprimants. Ce film est le procès de la résignation, du fatalisme et du cynisme. Notre monde va s’effondrer d’abord parce qu’il a perdu le goût de vivre contrairement à la nature qui nous envoie des avertissements et finira par reprendre ses droits. Ce n’est plus l’excès de désir qui va causer l’extinction de la civilisation, c’est sa disparition : des inactifs privilégiés qui ont tout et ne savent plus l’apprécier, des gens qui ne croient plus à rien et ne savent même plus pourquoi ils sont là méritent-ils encore un avenir ?

C’est une leçon stimulante : ce n’est pas la crise qui engendre le pessimisme, c’est le pessimisme qui nous plonge dans le chaos. Ce film est une sonnette d’alarme qui vient nous rappeler juste avant les fêtes de Noël combien il est dangereux de se laisser aller à l’incapacité d’imaginer un futur désirable. Si nous ne retrouvons pas le chemin de l’espérance, le monde continuera, après nous, et sans nous.

Alain Péron

Leave The World BehindLe Monde Après Nous, de Sam Esmail (2023), 2h18. Sur Netflix.

Crédit photo :  Patrick Perkins sur Unsplah