Culture

Été 2026 : les recos culturelles de No Com

Podcast, BD, essai, pièce de théâtre… Comme l’an dernier, au seuil de la trêve estivale, nous vous proposons nos coups de cœur à glisser dans votre valise. Une cuvée 2026 qui confirme que la soif de récits demeure vivace, dans un monde complexe et incertain.

#1 Le choix de Charles de Beistegui – L’oligarque et le marchand d’art (Arte)

Pour les amateurs de batailles homériques, de Monaco à Genève en passant par Londres et Moscou, et sur plusieurs fronts – financier, judiciaire, médiatique – cette série documentaire en trois actes raconte l’un des plus grands scandales du milieu de l’art au XXIe siècle. Avec au cœur l’affrontement entre deux personnages singuliers : d’un côté Yves Bouvier, un des plus importants acteur du monde l’art et qui témoigne pour la première fois, de l’autre Dmitry Rybolovlev, milliardaire russe (propriétaire de l’AS Monaco) ayant décidé de constituer une des plus importantes collections au monde pour laquelle il aura dépensé au total deux milliards de dollars. Le second accusant le premier de l’avoir floué et s’être indûment enrichi sur son dos, enclenchant ainsi une guerre sans merci.
Une série qui vous immerge dans un univers bien réel d’intrigues et de coups tordus, de duperie et de trahison, de procès et d’espionnage, sur fond de toiles de maître signées Modigliani, Klimt ou Rothko, jusqu’au désormais célébrissime Salvator Mundi de Léonard. Aussi palpitant qu’un thriller ou un drame shakespearien, fort d’un récit haletant, une véritable réussite et une invitation à en savoir davantage sur les rouages d’un marché de l’art devenu irrationnel.

#2 Le choix de Gersende Pasquiou – De la Comédie-Française, de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, 2026 

Avant que le rideau ne se lève, une autre pièce se joue déjà en coulisses. De la Comédie-Française choisit de raconter ces quelques heures où tout peut encore basculer. Entre contretemps, ego, superstitions et imprévus, cette comédie ouvre les portes des coulisses de la Comédie-Française et porte un regard aussi drôle qu’affectueux sur celles et ceux qui la font vivre.
Plus qu’une plongée dans les coulisses de la maison de Molière, le film rappelle que le théâtre est avant tout une aventure collective. Comédiens, habilleuses, costumiers, régisseurs ou maquilleurs participent tous à la représentation où chaque geste compte. On découvre ainsi une Comédie-Française vivante, où le prestige ne fait jamais oublier le travail de celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre
Pour prolonger cette immersion, je recommande le podcast Profession : Costumière par Céleste Touboul Durante, dans lequel Chloé de Nombel revient sur son travail pour le film. Elle y raconte notamment son immersion dans les réserves de la Comédie-Française et résume son métier d’une formule : « le métier de costumière c’est avant tout un métier qui s’intéresse à la sociologie ». Une écoute qui rappelle que chaque détail raconte déjà une histoire.

#3 Le choix de Pierre de Feydeau – Acqua de Gaspard Koenig (Editions de l’observatoire, 446 p, 2026 ) 

Pagnol dans le bocage normand. Après Humus et sa saga des vers de terre, Gaspard Koenig nous transporte avec Acqua à Saint-Firmin, un village de l’Orne déstabilisé par le tarissement soudain de sa source.
Face au chaos climatique, c’est le choc des postures : l’ex-maire agriculteur productiviste veut pomper les nappes pour sauver ses maïs, Léa la réflexologue néorurale se baigne nue dans les reliquats de la source, Salim le survivaliste désespère de voir que la fin du monde tarde à arriver. Et l’administration ? Elle tente de noyer le poisson (assoiffé) sous les formulaires Cerfa, jusqu’au cri du cœur d’une préfète dans un accès de lucidité : « l’Etat, il ne peut pas faire pleuvoir ».
Satire drolatique de la bureaucratie jacobine, du techno-solutionnisme ou de l’effondrisme, le roman dessine une issue pour une gestion apaisée de l’eau : s’en remettre à l’hydrologie régénérative et aux « communs » d’Elinor Ostrom, qui postule que les communautés locales sont capables de gérer leurs ressources naturelles par la coopération, sans contrôle de l’État ou du marché. Et si le laboratoire fictionnel de Saint-Firmin nous montrait comment éviter de nouvelles guerres des bassines à la sauce Sainte-Soline ? 

#4 Le choix de Margaux Foster – Le Répertoire des saveurs 2, de Niki Segnit (Marabout, 396 p, 2023)

Il y a des livres qui donnent des recettes. Et puis il y a ceux qui apprennent à regarder autrement ce que l’on mange. Avec Le Répertoire des saveurs 2, Niki Segnit explore les liens parfois inattendus entre les aliments, en mêlant gastronomie, histoire et cultures du monde. Saviez-vous que la moutarde agit comme un exhausteur de goût pour le chocolat ?
On y apprend aussi qu’un simple trait d’ouzo peut redonner de la complexité à un café froid, ou qu’en Italie, la pénurie de café pendant la Seconde Guerre mondiale a popularisé le caffè d’orzo, une boisson à base d’orge que l’on peut encore commander aujourd’hui.
Derrière chaque association de saveurs se cachent des traditions, des savoir-faire et des récits qui racontent autant les sociétés que les cuisines du monde. Un livre passionnant, qui se feuillette autant qu’il se dévore, et qui nourrit autant la curiosité que l’envie d’expérimenter !

#5 Le choix de François-Xavier Maigre – L’Odyssée, de Christopher Nolan, 2 heures et 52 minutes, 2026.

Il fallait quelqu’un de la trempe de Christopher Nolan (Dunkerque, Inception, Interstellar…) pour s’emparer du chef d’œuvre d’Homère, l’Odyssée, mètre étalon de toutes les aventures humaines. Ce film haletant de près de trois heures, qui divise la critique mais triomphe en salle, prouve qu’Hollywood n’en a pas fini avec les récits mythologiques, dans le sillage des péplums d’antan. De ces films qui nous redonnent envie de lire, sitôt le générique de fin terminé. Oh bien sûr, on peut regretter certains excès (la partition souvent oppressante à force de surjouer la tension, l’accoutrement très « Dark Vador » d’Agamemnon, des écarts discutables par rapport à l’œuvre originale…) Mais difficile de ne pas se laisser emporter par ce casting XXL (Matt Damon en Ulysse ; Tom Holland en Télémaque ; Anne Hathaway en Pénélope… ), par la beauté saisissante des décors naturels et cette narration résolument moderne, qui multiplie les points de vue et les détours chronologiques, pour mieux embrasser la puissance de l’épopée et dépoussiérer nos représentations. Alors – et c’est la marque d’un film qui vise juste – les tourments des personnages deviennent un peu les nôtres : comment se relever quand tout espoir semble perdu ? Comment vaincre sans se trahir ? Comment rester fidèles à nos promesses face aux sirènes du désenchantement ? Les grands récits sont éternels.

#6 Le choix de Clémentine Zinetti – Chamouxland, la reconstruction, de Camille Chamoux et Cloé Bailly, 56 minutes, 2026

À glisser dans sa valise sans grignoter le moindre centimètre carré. Dans ce deuxième voyage à Chamouxland, Camille Chamoux s’attaque aux injonctions qui façonnent encore aujourd’hui la vie des femmes : de la charge mentale aux normes de beauté, en passant par la maternité, le couple et la tentation de toujours bien « performer » son genre.
On passe d’une influenceuse trad-wife préparant un carrot cake à une formation pour se déprogrammer du patriarcat, puis d’une comédie musicale sur la charge mentale à une visite de musée où les enfants relisent les grands classiques de l’histoire de l’art avec une lucidité assez implacable.
Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la manière dont Camille Chamoux aborde ces sujets sans jamais transformer son spectacle en leçon. C’est finement écrit, visuellement travaillé, parfois absurde, souvent féroce, mais toujours traversé par une vraie tendresse. Elle pose beaucoup de questions, distribue peu de réponses et préfère l’autodérision aux certitudes. Une recommandation drôle, intelligente et résolument féminine, parfaite pour un trajet en train ou pour prolonger un peu les vacances.

#7 Le choix de Lucie Paturel – Circé de Madeline Miller, (Pocket, 2019, 576 p.)

Dans la vie tout est une question de récit, ou plutôt de bataille de récits. Dans l’Odyssée d’Homère et dans toutes ses adaptations modernes, cinématographiques, littéraires ou d’animation, c’est le récit d’Ulysse qui est relaté. Le héros, récemment devenu hollywoodien, affronte monstres, hommes, dieux, dangers en tout genre pendant deux décennies avec comme seul objectif de rentrer chez lui. L’un de ces obstacles sur sa route, c’est Circé, une nymphe mais surtout une sorcière, qui change les camarades d’Ulysse en cochons, et qu’il réussit finalement à amadouer et même à séduire ! Mais s’est-on déjà demandé pourquoi la fille d’Hélios, dieu du soleil, puissante déesse et éminente sorcière décide de changer ces hommes ? Ou comment elle s’est retrouvée isolée sur cette île en plein milieu de la Méditerranée ? Ou encore, ce qui a bien pu lui arriver après le départ d’Ulysse ?
Le récit de Circé, bien plus riche et passionnant que ce à quoi Homère, Christopher Nolan et les autres ont bien voulu la cantonner, mérite qu’on s’y penche. Un livre à redécouvrir d’urgence, à l’heure où l’épopée d’Ulysse triomphe sur les écrans. Magie, puissance, mythologie bien-sûr, féminisme finalement mais surtout liberté sont au rendez-vous de ce roman que je vous recommande de dévorer cet été, en Grèce, en Italie, ou ailleurs !

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